Voilà. C’est dit.
Nous pourrions tourner autour du pot, enrober l’annonce. Mais ce ne serait pas ”nous”! Alors autant le dire franchement, simplement, comme nous avons toujours aimé faire : l’aventure des Bûcherons touche à sa fin. Ce n’est ni triste, ni dramatique. C’est juste… juste. Nous aurions pu continuer, bien sûr. Nous aurions pu nous accrocher à ce nom devenu familier, à cette identité qui nous a portés pendant une décennie. Mais à quoi bon prolonger artificiellement ce qui a déjà donné tout ce qu’il avait à offrir ? Les bûcherons ont défriché, construit, résisté. Ils ont taillé leur chemin dans une forêt parfois hostile, se sont relevés après les tempêtes, ont appris à lire les saisons. Et maintenant, ils peuvent poser leur hache. Non pas par lassitude, mais parce que le travail est accompli.
Putain… Dix ans.
Il y a des caps symboliques qui vous tombent dessus sans prévenir. Des anniversaires qui surgissent au détour d’un calendrier et vous forcent à faire une pause, à vous retourner, à contempler le chemin parcouru. Dix ans, c’est rien et c’est immense à la fois. Un huitième de ma vie (soyons optimistes). Dix ans de jeux. Dix ans de bonheur partagé. Dix ans de rencontres. Dix ans à créer, apprendre, éditer, encore apprendre… et défendre ces petites boîtes cartonnées qui nous font vibrer avec les gens qui sont dedans. Dix ans à croire en ce métier merveilleux, exigeant, parfois brutal, mais tellement
gratifiant.
Dix années qui ne furent pas un long fleuve tranquille, non non… loin de là. Je ne vais pas réécrire l’histoire en enjolivant les passages difficiles. Nous sommes descendus bien bas, il y a quelques années. Vraiment bas. Nous avons frôlé le point de non-retour, ce moment où tout peut s’écrouler définitivement. J’ai douté, vacillé, me suis demandé si tout cela avait encore un sens. Nous avons été aidés, beaucoup. Yoann, Clément, Vincent, Bruno… Sans vous, nous ne serions pas là. Vous avez cru à l’histoire que voulaient vous raconter les bûcherons. Nous avons remonté la pente, marche après marche. Certaines plus hautes que d’autres. Mais toujours en avançant, toujours en regardant devant. Parce que nous aimons trop ce métier pour baisser les bras. Parce que les Bûcherons sont tenaces, têtus même. Parce qu’abandonner n’a jamais fait partie du vocabulaire.
D’ailleurs, l’année qui vient de s’écouler… 2025. Quelle année… Elle restera une de ces années où tout bascule doucement, presque imperceptiblement, mais définitivement. Une année de reconquête, d’abord. Encore. Je ne vous mentirai pas : nous continuons à remonter la pente. Le chemin n’est pas terminé, loin de là, mais nous avons gagné en altitude. Nous respirons mieux. Nous voyons plus loin. Les efforts des mois précédents commencent à porter leurs fruits, et cette sensation de reprendre pied, de retrouver un équilibre stable. Une année où nous avons fait des choix. Des choix délibérés. Des virages assumés. Moins de précipitation, plus de respiration. Nous avons travaillé sur ce qui arrive, bien sûr, mais aussi sur ce qui viendra. 2026, 2027, et au-delà. Parce que nous voulons construire sur le long terme, pas courir après chaque échéance. J’ai hâte quand même. Les jeux viendront en leur temps. Nous en parlerons ici, dans ces pages, au fil des saisons. C’est bien le but de ce journal, non ?
Une année de solidification, aussi. Ce qui n’était qu’une très belle collaboration est devenu un vai « nous », soudé, complémentaire. Caroline et Thomas se sont pleinement associés à l’aventure. Cette alchimie humaine qui se crée, ces moments où l’on se comprend à demi-mot, où les idées circulent librement, où chacun•e trouve sa place naturellement… C’est peut-être ça, finalement, notre plus grande victoire de 2025.
Et aujourd’hui, à l’orée de cette nouvelle année, NOUS pouvons dire que nous avons envie d’écrire la suite. De préparer les dix prochaines années. Et même plus encore… Dix ans, c’est aussi le moment idéal pour se réinventer. Pour laisser tomber ce qui ne fonctionne plus. Pour accepter que l’identité d’une maison d’édition n’est pas figée dans le marbre, qu’elle évolue, mûrit, se transforme au gré des saisons. Les Bûcherons ont défriché la forêt. Ils ont créé les clairières où nos premiers jeux ont pu voir le jour. Ils ont construit des fondations solides sur lesquelles nous nous tenons aujourd’hui.
Mais une forêt n’est pas qu’un ensemble d’arbres à abattre. C’est l’idée qui fait le bûcheron, ce n’est pas la force. Homère (l’Iliade, chant XXIII). Nous utilisons cette citation depuis le départ. Est-ce que finalement ce n’est pas le moment pour en comprendre le vrai sens ? Une forêt est vivante, mystérieuse, habitée. Elle recèle des secrets, des présences discrètes, des gardiens silencieux qui veillent depuis toujours sur l’équilibre des choses.
Ils étaient là…

Vous les avez peut-être déjà aperçus, du coin de l’œil, dans les illustrations de nos voeux sur les réseaux ? Ces petites créatures rondes, ces esprits de la forêt qui observent, protègent, accompagnent. Ils n’ont jamais été au premier plan. Ils ne se sont jamais imposés bruyamment. Ce n’est pas dans leur nature. Ils préfèrent l’ombre à la lumière, la discrétion à l’esbroufe, la patience à la précipitation. Ils étaient là, nichés dans les branches, cachés derrière les feuillages, présents dans chaque projet sans jamais revendiquer de place particulière.
Mais ils veillaient. Pendant que les Bûcherons s’activaient, ils observaient, apprenaient, grandissaient. Ils ont vu nos erreurs et nos réussites, nos doutes et nos certitudes. Ils ont patiemment attendu leur heure, sachant qu’un jour, le moment viendrait de sortir de l’ombre.
Ce moment, c’est maintenant. Les Bûcherons ont terminé leur ouvrage…Les Kodamas prennent le relais.
Un Kodama, dans la mythologie japonaise, c’est un esprit de la forêt. Une créature qui incarne l’âme des arbres, qui veille sur l’équilibre de la nature. Les Kodamas ne sont pas des conquérants, ni des bâtisseurs au sens où les Bûcherons l’étaient. Ils sont gardiens. Ils observent, protègent, accompagnent. Ils comprennent que chaque arbre a son importance, que la forêt est un tout fragile où chaque élément compte. Ils savent qu’il faut parfois attendre, laisser le temps faire son œuvre, respecter les cycles naturels. C’est ce que nous voulons incarner désormais. Non pas pour tout changer, tout bouleverser, tout réinventer. Mais pour poursuivre l’histoire, un peu différemment. Avec une autre sensibilité, une autre énergie, une autre vision. Les Kodamas incarnent ce que nous sommes devenus au fil de ces dix années. Plus sages, peut-être. Plus conscients de nos forces et de nos limites. Plus attentifs à l’équilibre fragile qui fait tenir une maison d’édition. Plus soucieux de la forêt dans son ensemble que de l’arbre individuel.
Et donc les Bûcherons, c’est fini. Vous l’aviez entendu comme ”fini fini” ? Pour autant, cela ne veut absolument pas dire que l’histoire est terminée. Bah… non ! Bien au contraire. Pas après tout ce par quoi nous sommes
passés ! L’histoire continue, s’enrichit, se réinvente. Elle change simplement de chapitre. Les Kodamas sont maintenant prêts à porter nos jeux vers de nouveaux horizons. Le Lumberjacks Studio ne disparaît pas. Il se métamorphose. Il évolue. Il devient.

KODAMA. L’esprit joueur.
Alors oui, j’oubliais, bonne année.
Bonne année à vous qui nous lisez, qui nous suivez, qui jouez à nos jeux, qui partagez notre passion pour ce métier extraordinaire. Bonne année à vous qui nous soutenez, nous encouragez, nous challengez aussi parfois. Bonne année à vous qui faites partie de cette grande famille du jeu de société, cette communauté généreuse et exigeante qui fait battre notre cœur d’éditeur.
2026 sera une année de transition. Une année de découverte. Une année où les Kodamas vont peu à peu prendre leur place, affirmer leur identité, révéler ce qu’ils ont à offrir. Concrètement, qu’est-ce que cela change ? On l’évoque plus haut mais ce qui a le plus de sens est de ralentir notre ryhtme de sorties, priviligier la qualité à la quantité. Pas que les jeux n’étaient pas qualtitatifs. Loin de là ! Mais nous prendrons encore plus de temps pour mûrir chaque projet, les faire respirer, ne plus courir après un calendrier. Bon courage oO. Nous allons êtres plus présents, plus à l’écoute, plus
impliqués dans la vie de nos jeux après leur sortie. Nous tenterons de resserer nos choix. Pas forcément notre ligne éditoriale, qui a toujours été guidée par « le coup de cœur », mais de nous concentrer sur les jeux qui portent cette petite singularité qui nous fait vibrer. Un p’ti truc en plus 🙂
Nous ne vous promettons pas la perfection. Nous ne vous garantissons pas l’absence d’erreurs ou de tâtonnements. Ce qui ne changera pas, c’est la sincérité, l’engagement, la passion intacte. Nous vous promettons des jeux créés avec soin, avec amour, avec cette énergie qui nous caractérise depuis le premier jour. Nous vous promettons de continuer à avancer, progresser, même quand c’est difficile. À nous relever, même quand nous tombons. À croire en ce métier magnifique, même quand il nous malmène.
N’est-ce pas ça ”l’esprit Kodama” ? Cette résilience tranquille. Cette capacité à rebondir, à s’adapter, à persévérer. Cette foi inébranlable dans la beauté du jeu de société et dans sa capacité à rassembler, à émouvoir, à créer du lien.
Les Bûcherons ont posé leur hache. Les Kodamas prennent la relève.
L’histoire continue.
Bienvenue dans la forêt des Kodamas
